contes bleus

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tableau # 30


lorsque Médée utilise les simples & les chants d’ici

Médée donc. Médée qui est la lave d’ici, une pâte molle et visqueuse qui a séjourné longtemps dans la chambre magmatique, et merci de ne pas voir ici une image, parce que Médée est la chose-même et la chose-même-est-Médée, il n’y aura pas d’images dans cette histoire, il n’y aura pas de comme, entendu ou sous-entendu, il n’y a d’ailleurs pour l’instant que cette lave visqueuse qui monte à travers les strates de la terre, qui monte et traverse les horizons de la terre

Horizon R

Horizon C

Horizon S

Horizon B

Horizon A

Horizon O

et qui déborde par le O, parce qu’elle déborde Médée, elle ne sait que passer les bornes, c’est son rôle dans cette histoire, déborder, et elle tient bien son rôle, là où Jason : c’est tout autre chose, mais on verra ça plus tard

Pour l’instant elle franchit le dernier Horizon, le O, et elle s’allume à la vue du garçon, parce qu’il est là l’événement : le garçon allume la fille qui n’attendait qu’un peu d’air pour s’enflammer. Voilà tout. Il faut dire qu’il est très beau Jason, avec ses cheveux longs et sa voix douce. S’enflamme-t-il, lui qui vient de loin avec une seule idée en tête : récupérer la toison d’or ? L’histoire ne le dit pas mais la suite montrera qu’il n’est pas aussi allumé qu’elle. Sa fonction est autre dans les civilisations. Pour l’instant il caresse le taureau à la respiration de feu qui est Médée parce que Médée est à la fois le feu et l’onguent qui protège du feu, c’est qu’elle est magicienne et c’est simple pour elle de fabriquer les onguents qui protègent et les poisons qui tuent à partir des herbes d’ici

pour cela qu’on les nomme Simples médecines, ou juste Simples, parce qu’on les trouve dans les champs

j’imagine

et les herbes guident leurs énergies conjuguées vers le lit qui est le sillon où la bataille aura lieu, les dents mordent les chairs qui passent à leur portée, c’est chaud

à pleines bouches ils se prennent

et quand le doute point (et si les herbes enchantées n’étaient pas assez fortes), il y a le chant !, le chant seul, sans autre véhicule que lui-même, le chant qui est le poème qui est la parole qui a tourné sept fois dans la bouche, qui a tourné et à chaque tour gagné, un peu plus, à chaque tour gagné un peu plus en vitesse en liberté en vitalité, en subtilité, une parole qui est sortie du bavardage, à chaque tour dans la bouche un peu plus, pour devenir une parole d’une efficacité folle, à la sortie, parce que oui Jason s’en sort par la bouche de Médée, voici ce que peut la parole tournée sept fois, quand elle sort, ni plus ni moins : elle peut enflammer sans brûler

Plus tard elle endormira le dragon avec des gouttes de narcotique, de la valériane plus sûrement que du genévrier, contrairement à ce qu’écrit Graves qui s’y connaît en mythe et un peu moins en Simples, visiblement

Ensemble ils récupéreront la toison d’or, du feu ne restera alors que l’or = la bonne fortune

et ils se taillent sur les mers

(d’après Les Métamorphoses d’Ovide, traduit par Marie Cosnay aux Editions de l’Ogre)

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