trucs et astuces

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tableau # 24


Trucs et astuces pour s’évanouir dans la nature

Avertissement : l’exécution de ces exercices requiert la plus grande rigueur, c’est pourquoi les différentes étapes du processus seront toujours minutieusement numérotés, chaque étape elle-même scrupuleusement décrite.

« S’évanouir dans la nature » demande de surcroît que l’on s’y exerce avec régularité, un travail patient et acharné sera donc nécessaire pour atteindre l’état subtil recherché, ni complètement solide, ni complètement gazeux, suffisamment solide cependant pour ne pas disparaître (ce n’est pas l’idée) et même exercer une certaine puissance de soi, suffisamment gazeux pour communiquer avec ce/ceux qui vous entoure/nt (bien noter que « communiquer » ici n’entretient aucun rapport avec le mot « propagande » qu’il a remplacé dans l’usage au cours de la seconde partie du 20ème siècle et qui a perduré au début du 21ème siècle avant de retrouver et c’est heureux sa définition première : rendre commun)

Il va sans dire que vous n’aurez aucune chance d’atteindre l’état subtil recherché si tout votre corps est tendu vers ce but, vous courrez alors droit dans le mur sachez-le. Il s’agit justement d’exercer sa volonté à ne pas vouloir ce que l’on veut. Contentez-vous de pratiquer ces exercices avec le plus grand sérieux, celui des enfants lorsqu’ils jouent, ce qui contribuera à créer les conditions, et donc à rendre l’expérience de dissolution possible.

Pour cela vous vous assiérez dans un pré, la colonne bien droite, pas question de s’avachir sous prétexte qu’on est dans un pré, pas plus que prendre un air évaporé sous prétexte qu’on cherche à se fondre dans le paysage. Comme pour la poésie, il s’agit d’être précis et de ne pas céder aux clichés. Rien de vaporeux donc. Rien de plus nécessaire que fuir le vaporeux pour s’évaporer. Répétons-le au risque de se voir reprocher d’enfoncer le clou : se dissoudre demande ordre et discipline.

Cette série d’exercices propose de faire l’expérience de lieux communs :

    1. Premier lieu commun : l’attraction terrestre

      Comme tous les corps vivant sur cette planète, vous êtes : lourd. Eprouvez cette lourdeur, sentez vos fesses, vos cuisses, vos pieds, tout ce qui est en contact avec le sol, s’enfoncer dans la terre sous l’effet de l’attraction terrestre. Prenez le temps. Quand votre corps est tout empli de la conscience de ce poids, passez à l’étape suivante.

    2. Second lieu commun : la respiration

      Comme tous les animaux vivant sur cette planète, vous respirez, c’est à dire que de l’air entre et sort en permanence de votre corps pour alimenter votre sang en oxygène. Suivez avec attention le flux d’air *qui entre et qui sort qui entre et qui sort* en accordant aussi de la curiosité aux moments, très courts, où la respiration se trouve suspendue. Prenez le temps. Quand vous n’êtes plus qu’une respiration dans un corps qui pèse son poids, passez à l’étape suivante.

    3. Troisième lieu commun : le corps

      Comme tous les animaux vivant sur cette planète, vous avez un corps qui ne fait pas que « peser » mais qui sent, entend, voit. Laissez vous pénétrer par ce que vous entendez, sentez, voyez : le bruit d’un avion, le pépiement d’un oiseau, la sensation d’une fourmi qui marche sur votre main, l’odeur de la bouse de vache à côté, la vue sur le suc de Montfol, laissez tout entrer et laissez tout traverser, sans chercher à capter, à retenir, ne faites surtout pas le focus sur quoi que ce soit, votre attention se doit d’être ouverte, l’image que vous avez sous les yeux en particulier n’est pas une proie, laissez-la vous envahir gentiment.

    4. Quatrième lieu commun : les pensées

      Comme tous les autres vivants sur cette planète, vous avez des pensées. Même les forêts pensent. Vous ne pouvez empêcher les pensées. Alors les pensées, quelles qu’elles soient, en boucle ou pas, mortifères ou pas, observez-les. Et là aussi laissez-les passer, regardez-les traverser votre corps exactement comme vous regardez les nuages traverser le ciel de jour du plateau, suivez-les alors qu’elles filent dans le ciel vers l’horizon ou s’effilochent sous l’effet du vent et disparaissent pendant que d’autres se forment. Si c’est trop difficile, si certaines pensées s’incrustent et font du sur place, s’alourdissent en cumulonimbus, revenez au premier et second lieux communs.

    5. Cinquième lieu commun : l’atmosphère terrestre

      Comme tous les êtres vivants et non-vivants (mais où est la frontière, on la cherche) de cette planète, vous êtes immergé dans l’atmosphère dite terrestre, atmosphère en vous, jusque dans vos poumons, jusque dans votre sang, mais aussi autour de vous et ceci jusque sous vos fesses dans la mesure où la terre, sur une cinquantaine de centimètres, est pleine d’air et pleine d’eau et donc pleine d’atmosphère. Vous êtes par conséquent en train, que vous soyez doué ou non pour l’exercice de, tout simplement, léviter. Vous êtes également traversé en permanence par toutes sortes d’ondes électromagnétiques, sans parler des neutrinos qui à chaque seconde vous traversent par paquets de milliards et qui proviennent de cataclysmes cosmiques d’une extrême violence, trous noirs, supernovæ et big bang, des particules donc qui déboulent tout droit de l’origine de l’univers pour traverser sans bruit votre corps. Pénétrez-vous doucement de l’idée que vous êtes une nuée de particules dans des nuées de particules, que vous êtes, de fait, mêlé, dans votre structure même, à votre milieu, à ce monde qui entre en vous comme vous entrez en lui, à chaque instant, qui est fait de vous comme vous êtes fait de lui. Prenez tout votre temps.

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