nature semi-sauvage

low - 1 (22)

tableau # 19


J’ai rencontré une herbe. Elle était simple. D’un ordinaire qui m’a déconcertée. Une herbe simple. L’herbe qui pousse dans la tête lorsqu’on pense ou qu’on entend le mot « herbe ». A condition toutefois de préciser dans l’élan : pas celle qui se fume.

J’envie les herbes, elles sont, elles sont et puis voilà, elles poussent, elles grandissent, elles resplendissent du mieux qu’elles le peuvent, et elles ne se torturent jamais avec des questions du genre qu’est-ce que je vais faire de ma vie, elles ne se flagellent pas avec des doutes, des angoisses, des remords, elles ne se flétrissent pas non plus de la peur de mourir, elles meurent et puis voilà

mais

entretemps

elles font quantité de choses

elles font l’oxygène

oxygène faisant, elles font l’atmosphère

atmosphère faisant, elles font le bleu du ciel

mine de rien

les herbes font le bleu du ciel

ce n’est pas rien

mais ce n’est pas tout

elles captent l’énergie du soleil

aussi

elles sont comme qui dirait du soleil capté

et

(l’eau et l’air s’en mêlant)

changé en elles-mêmes, en corps d’herbes simples

elles sont, entre la terre et le soleil, de belles intermédiaires

ce n’est pas rien

mais ce n’est pas tout

elles font le sol vivant aussi

celui qui grouille de tout-petits-vivants juste sous nos pieds

elles ne le font pas à elles toutes seules mais quand même, ce n’est pas rien

elles font pour le dire vite un boulot dingue

et très beau

parce que très nécessaire

elles travaillent à la vie, toute leur vie elles travaillent à la vie

et tout ça avec un naturel !

Je me demande si elle m’a vue, l’herbe que j’ai rencontrée et que je n’ai pas fumée, et si d’aventure elle m’a vue je me demande si je ressemblais à « un réseau de filaments bleus et rouges ». C’est ce qu’a dit la sorcière Katell l’autre jour à la radio, quand elle a raconté qu’une fois, alors qu’elle était entrée dans l’esprit d’une plante, elle avait vu « des filaments bleus et rouges, un peu comme notre schéma sanguin », et qu’elle avait mis du temps à comprendre qu’elle était en présence d’un humain.

Je ne suis pas encore sorcière mais j’essaie d’apprendre des herbes, elles ont pour elles d’être nombreuses et patientes. Et le fait simple qu’elles passent en moi et que je passe en elles, par le simple fait du très commun « je te respire, tu me respires », le fait simple d’être assise au beau milieu d’elles me change le sang, et c’est tout, et merci.

2 réflexions sur “nature semi-sauvage

  1. merci
    pour ce brin matinal

    je lis en ce moment
    la fabrique du pré de Francis Ponge
    il est pour toi manifeste

    J'aime

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