contes bleus

low - 1 (18)tableau du jour # 15


 

Lorsque la nymphe Io, déesse de rang inférieur, ne rencontre pas Jupiter mais un dieu ordinaire d’ici, de rang inférieur lui aussi, et qui lui plait beaucoup

Là où les nuages gris traversent un petit bois

s’enroulent autour des troncs, mauves

se prennent dans les branches d’où jaillissent des feuilles petites et neuves

d’un vert parfait

s’entend : un vert de printemps, fluorescent

Là que ça se passe, que la chose se produit, voici comment :

Ils glissent les nuages le long des troncs, mauves

de l’eau palpite bientôt aux pieds des troncs, mauves, dans les trous de la terre, ou plutôt : dans les lèvres de la terre, les petites et les grandes, qui se multiplient sous les arbres en partie dénudés, entre les racines mêlées à la terre mêlée aux vieilles feuilles mêlées aux bactéries mêlées aux champignons qui sont ces filaments blanchâtres qui s’étendent en réseaux denses sous la terre, juste au-dessous, et donnent des fruits radioactifs très appréciés des humains

et dans ce petit bois de hêtres qu’on dit ici « fayards », ça fait bientôt toute une succession de lèvres qui sucent et aspirent et rejettent

l’eau

qui disparaît et réapparaît plus loin

et toutes ces lèvres font des soupirs et c’est très vivant dans le petit bois

On dirait que la vie est là, dans le petit bois

dans cette vapeur tiède qui monte dans le sous-bois du petit bois, enveloppe les troncs, mauves, s’insinue partout jusque sous l’écorce, jusqu’au cœur du bois du petit bois

Et c’est alors qu’un nuage très étrange se lève

dans une éclaircie du petit bois

Cela se produit dans le ciel, parfois, tout le monde a vu ça, ce lieu commun du nuage qui se déguise en animal

sauf : celui-ci ne va pas s’effilochant

au contraire : celui-ci prend consistance

il devient dense, plus dense encore

dans les airs

et c’est maintenant : une vache qui resplendit

dans le petit bois

une vache comme on n’en fait plus, une vache Mézine

avec une respiration de vache ordinaire, profonde et calme

avec des naseaux de vache ordinaire

qui fument

avec une tête de vache mézine, grosse et surmontée de cornes spiralées, une robe de vache mézine, blonde

avec une queue de vache mézine, nerveuse et à l’attache haute, en crosse

mais surtout : avec un regard de vache ordinaire, qui interroge

et impressionne

(d’après Les Métamorphoses d’Ovide, traduit par Marie Cosnay aux Editions de l’Ogre)

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